Guillaume Villemot, "Les plus jeunes ont une vraie place de formateur et de tuteur en matière de conversation digitale" (EXCLU)

Les conversations des jeunes passées à la loupe !
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A l'occasion du Festival des conversations 2017, qui se tient ce jeudi 6 avril, Guillaume Villemot, fondateur de l'événement et auteur de "Osez les conversations", a accepté de répondre à nos questions pour vous aider à cerner les vraies conversations des jeunes au quotidien.

A l'heure où les jeunes sont connectés en permanence, on peut se demander ce qu'ils font en ligne. L'une des réponses à cette question est : ils discutent. Ou, plutôt, ils conversent avec leurs proches ou des inconnus, via les réseaux sociaux notamment. Alors que Diplomeo nous expliquait il y a quelques temps que "l'image parle beaucoup plus que les mots" pour les jeunes, on se concentre aujourd'hui sur les mots que les moins de 35 ans échangent. Ainsi, à l'occasion du Festival des conversations 2017, qui se tient ce jeudi 6 avril, Guillaume Villemot, fondateur de l'événement et auteur de "Osez les conversations", a accepté de répondre à nos questions pour vous aider à cerner les vraies conversations des jeunes au quotidien.

-Air of melty : La conversation, c'est "savoir écouter l'autre", expliquez-vous dans votre livre. Les jeunes savent-ils le faire ? Si non, comment améliorer cet aspect ?

Guillaume Villemot, fondateur du Festival des conversations et auteur de "Osez les conversations" : Effectivement, converser c’est savoir écouter et c’est pourquoi j’aime tant cette phrase d’Hemingway, « Il faut deux ans pour apprendre à parler et cinquante pour apprendre à se taire ». Mais, tout aussi important que l’écoute dans une conversation, c’est le temps. Il faut et cela quelque soit le média choisi. Prendre le temps d’une conversation, savoir se poser et apprendre à ne faire qu’une seule chose à la fois pour réellement s’engager dans une conversation. Nous avons tous été jeunes et avons tous eu du mal à écouter les plus anciens, les plus expérimentés que nous. Donc comme nous quand nous étions plus jeunes il leur faut apprendre à être patients, à écouter les autres et à comprendre pourquoi prendre le temps permet de mieux converser. L’échange inter-générationnel est particulièrement important ici car il permet de faire profiter, et cela dans les deux sens, des expériences des uns et des autres. Les plus anciens pour apprendre aux plus jeunes à placer sur leurs nouvelles fenêtres de conversations les règles des conversations traditionnelles. Les plus jeunes pour apprendre aux plus âgés à maîtriser ces nouveaux outils et ces nouveaux moyens de converser ensemble. Nous devons insister auprès des personnes jeunes et moins jeunes qui arrivent sur les réseaux sociaux, qui se servent de ces outils pour converser, sur l’importance de se concentrer sur une conversation à la fois, sur un sujet à la fois.

-Air of melty : A ce sujet, quels sont les sujets de prédilection des conversations des jeunes et existe-t-il des différences selon le genre ?

G.V : Ils ont des sujets de conversations qui correspondent à leurs aspirations et à leurs attentes. Ces sujets sont variables en fonction de leur âge mais aussi de leur sexe. Les plus jeunes parleront plus volontiers de leurs cours, de leurs professeurs pour les filles et aussi des garçons quand ces derniers parleront plus volontiers de sports et de jeux vidéo. De façon générale, les jeunes adultes ont des conversations qui sont plus tournées vers le monde dans lequel ils vivent, vers les préoccupations de leur quotidien et surtout de leur avenir. On voit de plus en plus de conversations naître autour des grandes thématiques sociales et sociétales et ce sont eux qui aujourd’hui sont les plus actifs pour mobiliser des grands sujets de conversations et lancer de très vastes mobilisations qui peuvent prendre le plus souvent la forme de pétitions. Ces pétitions, si elles ne sont pas des conversations à proprement parler, sont en revanche des sujets de conversations qui mobilisent de grands nombres de personnes. Enfin le premier sujet de conversation mondial reste la météo car c’est un bien commun que nous pouvons facilement partager et qui nous rassure pour lancer des conversations simples et accessibles à tous.

-Air of melty : Aujourd'hui, notamment sur les réseaux sociaux, "on ne se raconte plus qu'on ne s'écoute", expliquez-vous dans votre livre. Est-ce particulièrement une réalité au sein de la jeune génération ?

G.V : Non, je pense plutôt qu'il s'agit d'une question de période que de génération. On tend de plus en plus à moins parler de soi et à faire davantage en sorte de créer des espaces de conversations partagées (Périscope, les forums…). Il est certain en revanche que les espaces comme Facebook restent des lieux où l’on se raconte, où l’on passe du temps à parler de soi. Certes on ne dit plus autant que l’on est en couple, célibataire, etc, mais en revanche on place avec abondance nos photos de plats que l’on a confectionnés soit même ou que l’on consomme au restaurant. L’apparition des réseaux instantanés favorise les espaces où l’on s’écoute et où l’on est plus dans l’échange et dans la conversation.

-Air of melty : En matière de conversation digitale, vous expliquez que les plus jeunes apprennent à leurs aînés. Pouvez-vous nous en dire plus ? Et quel conséquence a cela sur les stratégies des marques notamment ?

G.V : Les plus jeunes sont ceux qui nous initient aux nouveaux espaces de conversations (Snapchat, usages des tablettes…). Ce sont eux qui nous expliquent à quoi servent ces espaces et comment nous pouvons les utiliser. Les plus jeunes ont ainsi une vraie place de formateur et de tuteur pour les plus âgés. Le digital nous offre des conversations croisées, des conversations communes. Les marques tentent de nous imposer des conversations en essayant de se rendre le plus présent possible dans le quotidien de tous leurs consommateurs. On voit donc apparaître des conversations « mondiales » qui sont, à mon sens, l’inverse des véritables conversations car elles ne sont si spontanées ni proches. Les marques qui veulent nous amener à converser avec elles placent désormais des # sur leurs communications, des hashtags qui sont devenus les guillemets du XXIème siècle et qui sont des interpellations à la conversation et à l’échange. Ces signes sont bien souvent des leurres et on voit combien d’ailleurs les plus jeunes consommateurs se montrent réticents et méfiants.

-Air of melty : Dans votre ouvrage, vous écrivez que les jeunes "n'arrangent pas leur vérité digitale". Se dirige-t-on vers un retour aux conversations authentiques avec la jeune génération ?

G.V : Oui, je suis très optimiste sur la façon dont les conversations sont en train d’évoluer et sur la façon dont nous parvenons désormais à utiliser ces fenêtres de conversation comme des médias, comme des outils de mise en relation. Nous sommes de plus en plus sensibles au bonheur des conversations. Nous aimons de plus en plus être surpris par les conversations et par ce qu’elles nous apportent. Le monde change très vite et de nouveaux outils ne cessent d’apparaître. Les grandes sociétés de la Silicon Valley sont en train de développer des robots dit conversationnels. En réalité, ce sont des machines transactionnelles, c’est à dire que comme Siri que nous avons déjà sur nos téléphones, il s’agit de moyen de consommer un produit, d’être en contact avec un service. Nous devons rester vigilants à ce que ce qui relève de l’émotionnel, de la vie, pour que l’échange repose toujours sur des conversations réelles et totales.

-Air of melty : -A l'heure où le mobile constitue un outil de communication important, les jeunes subissent-ils cet outil ou le dominent-ils ?

G.V : La génération des quinquagénaires subit clairement cet outil et ne sait pas toujours le mettre à sa vraie place. Les plus jeunes, en revanche, qui sont hyper connectés savent très bien couper leurs dépendances par rapport à leur mobile. Mais ce qui est intéressant, surtout, c’est que les mobiles ne servent plus tant à téléphoner qu’à converser via SMS et à être présents sur les réseaux sociaux. Cette utilisation des mobiles est quand même parfois un peu effrayante dans ses excès. On a ainsi appris que, lors des conseils des ministres à l’Elysée, il était demandé aux ministres de laisser leurs téléphones dans une boite à l’entrée; certains couples se servent lors de tête à tête au restaurant de leur téléphone comme un troisième convive, c’est à dire quelque chose/quelqu’un qui permet de relancer les conversations; et enfin quand on sait qu’en moyenne on le consulte 200 fois par jour, on peut le considérer comme une sorte de doudou compulsif que nous avons sans cesse avec nous.

-Air of melty : Quel avenir peut-on envisager pour les conversations : économie participative, impact du live, etc… ?

G.V : Converser veut dire faire avec, construire quelque chose avec ses interlocuteurs. Nous arrivons bien avec l’économie participative mais aussi le développement des espaces de co-working à la naissance de nouvelles formes de conversations et nous nous dirigeons vers des lieux où les conversations peuvent de plus en plus facilement et naturellement se développer et se démultiplier. Les conversations sont de plus en plus présentes dans nos vies et je suis heureux de voir le succès par exemple de la société de mobilier urbain Graff qui installe de plus en plus de « conversations » dans les espaces publiques c’est à dire des fauteuils qui sont conçus spécialement pour favoriser les conversations. Le live quant à lui, qui n’a aucun filtre, favorise plus l’interaction que la conversation, mais il est en revanche de plus en plus présent dans nos échanges. Il n’y a qu’à voir la place qu’il tient dans l’actuelle campagne présidentielle. Pour autant je ne pense pas que ce soit un espace de conversation dans la mesure où il ne favorise pas les silences, les temps de réflexions. Tous ces outils sont autant de nouvelles formes de conversations qui apparaissent mais, comme le disait la marquise de Sévigné, « 50 lettres ne valent pas une heure de conversation » et donc rien ne peut remplacer la conversation gourmande et sensuelle c’est à dire la conversation en face à face.

Crédit : festival des conversations, x