Emploi

Augmented Talent, “Les Millennials ont un besoin de collectif fondamental qui n’est pas forcément compatible avec le télétravail” (EXCLU)

Publié par
Céline Pastezeur
, le .
Mis à jour le .
Temps de lecture : ~ 5 min
Augmented Talent, “Les Millennials ont un besoin de collectif fondamental qui n’est pas forcément compatible avec le télétravail” (EXCLU)

Le télétravail, stop ou encore pour la jeune génération ? Alors que le confinement a forcé les Millennials à revoir leur manière de travailler, Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy, Partners chez Augmented Talent, nous parlent de ce qui s’est passé dans la tête des jeunes pendant cette période si particulière.

Ces derniers mois, le télétravail s’est imposé comme étant une nouvelle norme pour un grand nombre de professionnels. Alors que le retour au bureau après le déconfinement est désormais à l'ordre du jour pour un certain nombre de Millennials et à l'heure du bilan d'un confinement passé en télétravail, Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy, Partners chez Augmented Talent, structure RH créée il y a un an, répondent à nos questions pour mieux comprendre comment la jeune génération a vécu cette période si particulière.

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy

-Air of melty : Pouvez-vous nous présenter Augmented Talent en quelques mots ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy, Partners chez Augmented Talent : La structure a été créée l'année dernière. Il s'agit d'un studio d’innovation RH fondé par d’anciens directeurs d’Ipsos (nous deux) ayant accompagné les plus grandes entreprises en France et à l’international dans leurs stratégies d’écoute des collaborateurs et de réponse à leurs attentes. Nous proposons des méthodes uniques destinées à améliorer la qualité du vécu du (télé)travail.

-Air of melty : Avant le confinement, les Millennials étaient plus nombreux que leurs aînés à avoir déjà fait du télétravail. Est-ce qu'on peut dire que cela les a aidé à mieux préparer cette période particulière de télétravail forcé ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : Notre programme Best In class Expérience* (mené avant la crise COVID) montre que, en réalité, les trois quarts des salariés en télétravail (73%) avaient 35 ans et plus ; le profil type du télétravailleur était un cadre diplômé, avec enfants, vivant plutôt en Ile de France. Il est intéressant de noter que le télétravail restait rare en deçà de 3 ans d’ancienneté. Les grèves de Décembre avaient un peu changé la donne : plusieurs populations ont expérimenté le télétravail pour la première fois à cette occasion, dont la jeune génération. Mais donc, dans ce contexte, on ne peut pas vraiment dire que les Millennials étaient mieux préparés que leurs aînés au télétravail forcé…

-Air of melty : Une récente étude a montré que les jeunes ont moins bien vécu le télétravail que leurs aînés. Et c'est particulièrement le cas des plus jeunes, pourtant réputés comme étant avides de flexibilité. Comment l'expliquer ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : Précisément, nous avons étudié les aspirations professionnelles en France et constaté que les plus jeunes étaient sur-représentés dans la catégorie que nous avons nommée « les relationnels » et pour qui le besoin de collectif est fondamental ; il s’agit par définition d’une catégorie moins compatible avec le télétravail que ne le sont par exemple « les autonomes » dont la priorité est la responsabilisation et l’organisation de son temps de travail. Se pose en parallèle la question de l’on-boarding et de la montée en compétence sur un nouveau poste, qui n’a pas été favorisée dans un contexte de télétravail forcé à grande échelle. Quant à la flexibilité, elle n’est pas nécessairement liée au lieu de travail : une des attentes fortes chez les jeunes concerne plutôt la flexibilité des horaires.

-Air of melty : De manière générale, qu'est-ce qui caractérise actuellement les attentes principales des Millennials sur le marché du travail ? Où vont leurs priorités : salaire, flexibilité, bien-être, perspectives d'évolution...

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : La crise rebat les cartes de ce point de vue : la sécurité de l’emploi retrouve un niveau d’importance qu’elle a tendance à perdre en période de croissance ou de plein emploi. Certaines attentes demeurent, parmi lesquelles la variété des tâches confiées. Les Millennials sont en effet sur-représentés dans cette catégorie d’aspiration par rapport à leurs aînés.

-Air of melty : Quels sont les conseils que vous donneriez aux entreprises qui cherchent à embaucher des Millennials ? Quelles sont, à l'inverse, les erreurs à éviter pour attirer la jeune génération dans une entreprise ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : Il est traditionnel de dire que l’authenticité est essentielle et le contexte actuel renforce cet impératif à nos yeux. Il existe un risque fort de sur-promettre au moment de l’embauche, ce qui explique pour partie la proportion importante de jeunes qui démissionnent avant de franchir la barre des 12 mois dans l’entreprise. Cela concerne notamment : la mission et les valeurs affichées, le contenu du poste et des responsabilités, la réalité des possibilités de développement.

La jeune génération aime travailler en équipe
Crédit : Hinterhaus Productions,Getty Images

-Air of melty : 6 jeunes sur 10 ont expliqué avoir plus travaillé qu'en temps normal pendant le confinement. Comment l'expliquer ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : Des raisons multiples peuvent être mises en avant : la difficulté à fixer des limites entre le professionnel et le privé, la sur-connexion à cause des notifications permanentes, le besoin de faire ses preuves (et parfois de conserver son emploi), une réallocation du temps consacré à la vie sociale alors que les personnes avec enfants se consacraient à leur famille.

-Air of melty : Quels sont les points positifs du télétravail que les jeunes retiennent ? Et les points négatifs ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : En positif, l’option de pouvoir télétravailler est devenu un acquis en soi. Pour le reste, c’est à mettre en relation avec les aspirations abordées précédemment. Lorsqu’on appartient aux « relationnels », ce sont les collègues qui manquent avant tout, ainsi que les opportunités de se former et de collaborer. Par ailleurs, le management à distance doit encore faire ses preuves, il reste énormément à inventer de ce point de vue. La communication digitale a montré certaines de ses limites. Il faut aussi garder à l’esprit que le confinement a fait peser des contraintes supplémentaires, comme par exemple le sentiment d’isolement chez les célibataires ; certains jeunes étaient en difficulté en termes de logement...En tout état de cause, les Millennials ont affiché un niveau de stress plus élevé qu’en moyenne pendant cette période.

-Air of melty : Quelle serait la journée type d'un Millennials en télétravail vs la journée type d'un Millennial hors télétravail ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : il est assez difficile de projeter des journées type… En revanche, nous savons que les Millennials sont sur-représentés au sein de profils ayant pour moteur le relationnel, l'anti-routine et un certain matérialisme (attachement à l’environnement de travail ) - pour qui l'équipe, la diversité des missions (et le baby foot, sur une note plus légère) sont primordiaux.

-Air of melty : Peut-on penser que le télétravail fera partie du quotidien des Millennials à moyen et long terme, que ce soit à petite ou grande dose ?

Julia Bizer et Jean-Baptiste Aloy : C’est indiscutable, la grande question étant « à quelle dose ? ». Les entreprises ont tout intérêt à évaluer et définir le point optimal de télétravail dans les meilleurs délais, c’est-à-dire celui qui combine à la fois les possibilités ouvertes par la crise et les aspirations professionnelles de chacun.

*L’étude <Best-in-Class Expérience> a été conduite avant la crise, auprès d’un échantillon national de salariés et de managers Français. La méthode des quotas a été utilisée afin d’obtenir des résultats représentatifs de la population active salariée française (critères de genre, d’âge, de région, de statut et de secteur d’activité). Les professions libérales, les indépendants et les auto-entrepreneurs sont exclus du champ de l’enquête.

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