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Kaspersky, “La jeune génération s’est sentie amputée d’une partie de sa vie sociale pendant le confinement” (EXCLU)

Publié par
Céline Pastezeur
, le .
Temps de lecture : ~ 6 min
Kaspersky, “La jeune génération s’est sentie amputée d’une partie de sa vie sociale pendant le confinement” (EXCLU)

Comment la jeune génération utilise-t-elle le digital au quotidien ? Qu'est-ce que le confinement a changé à ce sujet ? Les jeunes sont-ils plus vrais avec leurs amis virtuels que physiques ? Tanguy de Coatpont, General Manager France and North, West & Central Africa chez Kaspersky, répond à nos questions sur le sujet.

Pendant le confinement, les échanges écrits et les apéros visio se sont imposés comme des moyens de communication essentiels pour garder le lien avec les amis hors du foyer. Des amis qui occupent une place capitale dans le quotidien de la jeune génération, et ce qu'il s'agisse d'amitiés physiques ou d'amitiés virtuelles. Alors que Kaspersky vient de dévoiler une enquête s'intéressant justement à la manière dont les Français, et notamment les plus jeunes, ont utilisé le digital pendant le confinement, Tanguy de Coatpont, General Manager France and North, West & Central Africa chez Kaspersky, a accepté de répondre à nos questions sur le sujet.

Kaspersky, “La jeune génération s’est sentie amputée d’une partie de sa vie sociale pendant le confinement” (EXCLU)

-Air of melty : La jeune génération est très à l'aise avec les nouvelles technologies qui ont permis aux Français de garder le contact entre eux pendant la période de confinement. Pourtant, c'est cette même génération qui s'est sentie la plus isolée. Comment l'expliquer ?

Tanguy de Coatpont, General Manager France and North, West & Central Africa chez Kaspersky : La jeune génération est habituée à jongler entre digital et « réel » ce qui implique qu’elle équilibre sa vie sociale par ces deux biais. Ils n’ont pas trouvé dans les réseaux sociaux et les outils numériques une alternative à la vie sociale habituelle, mais se sont simplement sentis « amputés » d’une partie de leur vie sociale, d’où ce sentiment de solitude, peut-être exacerbé pendant cette période.

-Air of melty : Globalement, qu'est-ce qui a principalement différencié la jeune génération de ses aînés sur le plan de la vie sociale pendant le confinement ?

T.D.C : Ce qu’il faut noter dans un premier temps, c’est que selon l’étude Kaspersky, 71,2% des répondants considèrent que l’utilisation des technologies numériques les aident à se sentir plus proches de leurs familles et amis. C’est donc un point commun intergénérationnel. Ce qui différencie les générations, selon moi, c’est que la jeune génération est déjà très connectée, au quotidien, confinement ou non et intègre beaucoup les nouvelles technologies dans ses habitudes sociales. Le confinement n’a ainsi pas « accéléré » leur adoption des nouvelles technologies. Ils ont continué à être aussi connectés qu’habituellement, mais sans la dimension « sociale réelle » qui équilibre habituellement leurs vies.

-Air of melty : 20,3% des Millennials préfèrent avoir des amis virtuels que des amis dans le monde réel, contre 15,3% des Z et 15,5% des X. Est-ce une preuve du fait que la très jeune génération accorde une importance majeure à la vie réelle ? À l'inverse, qu'est-ce que ce chiffre nous indique au sujet des rapports humains des Millennials ?

T.D.C : Je pense que l’arrivée des plateformes sociales et des réseaux parmi lesquels il est facile de se créer des avatars s’est produite pendant l’adolescence des millenials, qui y ont trouvé là un merveilleux moyen de « s’échapper » d’un quotidien parfois « pas facile », à l’âge de l’adolescence. Cette découverte des médias sociaux et de la possibilité de se créer des « vies » virtuelles par le biais des services de messagerie instantanées, de jeux vidéos etc. en ont fait un véritable phénomène social, auprès de cette génération. Au contraire de la génération Z, qui a grandi avec ces plateformes sociales, déjà existantes et intégrées dans leur quotidien. L’usage est alors foncièrement différent, l’un des modes conversationnels ne remplaçant pas l’autre, mais s’y fondant. On note toutefois dans l’étude Kaspersky, que toutes les générations concèdent qu’ils ont davantage confiance en eux lors de rencontres virtuelles que de rencontres réelles (32,6%) des répondants.

-Air of melty : Justement, comment expliquer cela ? Les Français ressentent-ils une pression forte qui peut les bloquer dans le monde réel, que ce soit sur le plan de leur apparence comme de leur personnalité ?

T.D.C : Difficile de répondre à cette question. Je dirais simplement que les réseaux sociaux et Internet œuvrant surtout à « regrouper » les communautés par passion par exemple, il semble plus simple de se sentir « à l’aise » lorsque l’on échange avec des personnes dont on sait d’avance qu’ils partagent une passion commune.

-Air of melty : Près d'un jeune sur deux trouve plus facile de se faire des amis en ligne plutôt que dans le monde physique. Sur quels terrains les jeunes rencontrent des amis en ligne et qu'est-ce qui leur permet de créer ce contact si facilement, selon vous ?

T.D.C : Toutes les plateformes sociales sont de plus en plus conversationnelles, ce qui implique qu’il est aujourd’hui très facile d’échanger et de créer des formes de liens, quelle que soit la plateforme de prédilection du jeune. De plus, chacune des plateformes sociales ciblant les « communautés », chaque utilisateur se connecte avec des personnes qui partagent des centres d’intérêt commun ce qui facilite grandement la création d’un lien. Ce qui est aussi une aubaine pour les personnes ayant de mauvaises intentions, en se faisant passer pour une personne partageant les mêmes centres d’intérêt que leurs victimes et facilitant alors les liens sociaux, et la confiance que leurs interlocuteurs leurs accordent. C’est pourquoi il faut avoir conscience, et continuer à informer les internautes des risques que représentent les réseaux sociaux s’ils ne sont pas utilisés en connaissance de cause, tant pour la sécurité des données personnelles, que pour les rencontres fortuites que l’on peut y faire

-Air of melty : La volonté de créer des amitiés en ligne est-il un moyen de lutter contre la solitude ou peut-on voir ça comme quelque chose de plus profond : les rencontres en ligne incitent-elles les jeunes à être plus "vrais" que dans la vie réelle ou, au contraire, à construire une seconde identité en ligne ?

T.D.C : Les Français restent ouverts à la rencontre réelle de façon générale : ils sont plus de 85 % à préférer des relations réelles, où l’on se voit, à des relations virtuelles selon notre étude. La solitude pousse à « sauter le pas » de la rencontre réelle pour près d’1 répondant sur 4 (23,7 %). Les réseaux sociaux permettent de créer une sorte de « bulle identitaire », augmentée et performative, comme l’explique la sociologue Christine Castelain-Meunier avec qui nous avons collaboré sur cette étude. On constate dans l’étude Kaspersky que les répondants qui disent préférer les amitiés en ligne expliquent qu’il est plus facile de se valoriser, de se façonner une vie plus attrayante sur Internet. Plus que de se construire une seconde identité, c’est surtout omettre certains pans de son quotidien et de sa vie pour se focaliser sur un trait, une passion en particulière et se sentir « membre à part entière d’une communauté » que recherchent les internautes.

-Air of melty : Les amitiés en ligne peuvent-elles à terme devenir des amitiés physiques et vice-versa ou les deux types d'amitié sont-ils très différenciés par la jeune génération ?

T.D.C : Les Français restent ouverts à la rencontre réelle de façon générale : ils sont plus de 85 % à préférer des relations réelles, où l’on se voit, à des relations virtuelles. La solitude pousse à « sauter le pas » de la rencontre réelle pour près d’1 répondant sur 4 (23,7 %). L’idée de rencontrer cet « avatar ami » est alors perçue comme un remède. Toutefois, lorsque l’on entretient une relation virtuelle, l’idée de la rencontre « en vrai » peut aussi être source d’une certaine peur de l’inconnu, et cela est plus marqué chez les personnes vivant seules. Pour 26,9 % des répondants vivant seuls, l’absence de cercle familial ou amical au quotidien est un frein à se tourner vers l’inconnu. Être seul, sans appui familial proche déclenche un sentiment de vulnérabilité à l’égard de l’inconnu, notamment du fait des risques liés à ces rencontres et dont les unes de faits divers ne sont pas des plus rassurantes. On ne sait jamais « vraiment » qui se cache derrière cet avatar, car si n’importe qui peut « sublimer » son identité en ligne, alors, le profil de l’ami est-il réel ?

-Air of melty : Enfin, pensez-vous qu'il y aura un avant et un après confinement dans la manière dont les jeunes communiquent avec leurs proches ? Vont-ils continuer à miser sur le visio et le virtuel ou vont-ils reprendre leurs habitudes pré-confinement ?

T.D.C : Je pense foncièrement que l’accélération de l’adoption des technologies va se poursuivre, et ceux qui l’ont découverte vont continuer de l’utiliser, et ceux qui l’utilisaient déjà ne vont pas transformer leurs habitudes et poursuivre leur « quotidien en ligne ». Je pense toutefois que pour les familles, qui vivent de manière éloignées les applications de visio-conférence se postent comme une alternative plus attractive que le téléphone, de par la proximité que cela permet. On peut aussi lier ces tendances avec la vie professionnelle. Beaucoup d’entreprises ont pris conscience que le télétravail pouvait être un mode de travail viable, et vont davantage le proposer à leurs salariés, impliquant un usage plus fréquent des outils de visio conférence par exemple. Mais cette adoption rapide des technologies nécessite aussi une sensibilisation à la sécurité des usages. Tout ce qui se passe en ligne se doit d’être protégé : tant sur le plan des données sensibles partagées, que pour la préservation de l’intimité et de la vie privée. Pour cela, des solutions de sécurité sont recommandées et pour les entreprises, une formation auprès des salariés pour l’usage des outils à distance en toute sécurité est également recommandable.

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